mercredi 18 juillet 2018
Survivre à la saison des pluies
J'étais sur le pont, en robe, la pluie me fouettait sauvagement tous le corps, malgré l’abri de fortune que j’avais trouvé au pied du mât. Je le partageais avec quelques abeilles qui s’étaient fait surprendre par ce gros grin qui nous tomba dessus alors que nous remontions la rivière Mahury vers le mouillage défini pour les navires de plaisance. Après le soleil de plomb qui nous avait accueilli plus au large, le rafraichissement n’était pas si mal venu que ça et je me suis bénie d’avoir pensé, quelques jours plus tôt, à calfeutrer d’un scotch tissé nos hublots encore réfractaires au concept d’étanchéité.
C’était le 13 mai dernier et depuis on attend qu’une chose : que cette foutue saison des pluies daigne rendre l’âme. « C’est la saison des pluies, la fin des amours » chantait Gainsbourg - et ça a bien failli être la fin de mon amour pour Lilla. Car la saison des pluies, c’est usant. On a vu des journées entières où un rideau de pluie refusait de se lever, de l’aube au crépuscule. Les seaux sur le pont se remplissaient en quelques heures et certains jours Jérémy a du sauter dans l’annexe nu comme un ver pour l’écoper avant qu’elle ne sombre.
Tous les matins, Jérémy se lève à 5h30 pour aller travailler et j’ai jusqu’à 6h20 pour décider si je l’accompagne à terre ou pas. En gros, ça dépend de la météo. S’il fait beau, il faut que j’en profite pour aérer le bateau, mettre les matelas et les oreillers au soleil et frotter les moisissures qui se sont développées sur les parois. S’il pleut, mieux vaut filer à la bibliothèque universitaire que de rester enfermée à bord à déprimer.
Les jours où je reste à bord, il faut d’abord que j’attende que le soleil soit assez haut dans le ciel pour que le pont soit bien sec avant d’y installer tout ce qui, à bord, aurait bien besoin d’une petit désinfection au soleil. Ensuite je vide un coffre ou une cale de son contenu, tout en tendant l’oreille pour une éventuelle rafale de vent annonciatrice d’un grin, et je le nettoie de fond en comble - le plus souvent à la Javel. Avec la moisissure qui revient en gros en une semaine, je suis obligée de faire dans le corrosif si je ne veux pas qu’on se ruine la santé. Et s’il se met à pleuvoir entre temps, je rentre tout en quatrième vitesse et cohabite avec un enchevêtrement de matelas, de bassines, de contenu de coffres et d’oreillers. Et il y a toujours des mauvaises surprises : ce sachet de verveine que je n’avais pas pensé à vérifier et qui a muté en un sac de petits champignons jaunes, cette planche de contreplaqué que j’ai fait l’erreur de ne pas vernir et qui est désormais affublé d’un duvet gris-vert, ces moucherons qui ont élu domicile dans l’eau stagnante du cockpit… La Guyane est exigeante et me donne constamment l’impression de ne pas être à la hauteur, de n’avoir pas su voir venir cette moisissure improbable ou bien cette infiltration d’eau - je n’ai jamais vu ça, j’ai l’impression de me battre contre l’hydre de Lerne, mais version moisi. Et quand je rentre après une journée à la BU, une odeur de sous-bois m’accueille dans le bateau et m’informe que le monstre n’est toujours pas terrassé.
Alors certains jours, quand plusieurs jours de pluie nous condamnent à dormir dans des draps humides, je commence à me demander comment je peux nous imposer cette vie. Cette vie à larbiner pour un bateau ingrat, à s’éreinter à des taches quotidiennes rendues ubuesques par le manque de place et de commodités, à dépenser des montagnes d’euros pour quelques miles de plus, à user notre jeunesse au fonds des cales et des coffres du bateau.
Et puis le soleil revient, Jérémy rentre du travaille, et j’installe sur le pont une petite cabane fait de nos draps qui aèrent où l’on peut lire sans rôtir au soleil, au son du clapotis de l’eau, et les malheurs sont oubliés pour un temps, dans cet avant-goût de saison sèche dont on ignore si elle arrivera bel et bien un jour.
lundi 21 mai 2018
La Guyane, notre nouveau département
"Ah oui, aussi, peut-être que vous aurez un boa qui montera à bord..."
"Et du coup, qu'est ce qu'on fait?..." se risque Jérémy.
"Ca dépend de sa taille... s'il fait 8m vous lui laissez le bateau"
Une heure qu'on est à terre et le Maître de Port de la Marina de Dégrad des Cannes, à côté de Cayenne, nous a déjà fait le passage en revue de tous les animaux plus ou moins exotiques et plus ou moins dangereux de la Guyane. Un vrai passionné qui nous explique, avant même qu'on ait vu le moindre recoin de la région, comment distinguer les deux sortes de paresseux présents ici, ou les mygales "gentilles" des mygales agressives.
Bon, il me rassure pas trop avec son histoire de boa, mais y'a quand même 250 000 habitants en Guyane donc si c’était vraiment un problème ça se saurait... En plus il me semblait que les boas dépassaient pas 4m et mangeaient genre l'equivalent de la marmotte locale. J'imagine que faire frémir le petit métropolitain fraichement débarqué et facilement impressionnable doit être tentant... En tous cas, on a jamais eu autant d'infos en arrivant quelque part qu'en allant voir ce maitre de port, qui nous sert même un petit café. On est ravis.
Faut dire qu'on ne nous avait pas dressé le meilleur portrait de la Guyane ; les métros sont pas bien accueillis, y'a de l'insécurité partout et des insectes suceurs de sang qui veulent te refiler toutes les maladies du monde.
Pourtant, malgré les moustiques, on accroche bien avec la Guyane. A Degrad, tous les gens qu'on croise nous disent bonjour ou nous sourient, on fait du stop facilement, et la jungle (ou "la forêt" comme on dit sobrement ici) est à deux pas. Le week-end, nos voisins nous emmènent en pirogue explorer le fleuve et ses canaux... car désormais la semaine est studieuse ; Jérémy a trouvé du travail en une seule tentative, il soude pour une boite à 10 minutes à pieds. Quant à moi j'entretiens Lilla qui souffre pas mal de l'humidité ambiante.
samedi 19 mai 2018
Et un jour la terre vous apparaît...
"Terre!!"
« Oh, regarde là! Un requin!!! J’ai vu son aileron! ». Jérémy, à la barre pour l’entrée de la rivière du Mahury, est fasciné. Le soleil est de plomb, mais nous sommes heureux de le voir enfin. Autour de nous, l’eau est brune et parsemée de petites iles d’un vert profond. Je scrute l’eau boueuse, à la recherche de l’animal peu commun dans un estuaire. « Là! Ils sont deux! » Deux ailerons viennent d’apparaitre au ras de l’eau, et je reconnais des dauphins d’eau douce - des Sotalies de l’Amazone, comme nous l’apprendra plus tard le bouquin sur les mammifères marins que nous avons embarqué. Jérémy est hilare de son erreur, et je ris de bon coeur avec lui. Nos cernes font des grosses poches sous nos yeux qu’on plisse pour se prémunir du soleil, nous donnant l’air de faire une perpétuelle grimace, mais on est tellement heureux ; ça faisait bien longtemps qu’on avait pas rit aussi franchement tous les deux ensemble.
Poisson volant échoué sur le pont et pas secouru à temps
Le bateau, y'a plus écolo
Il faut dire que la traversée n’a pas été très drôle ; la mer qu’on nous avait décrite comme remuée d’une longue houle océanique de 6 à 8m (8 à 10 pour ceux de nos interlocuteurs les plus prônes aux envolées lyriques) n’était jamais plus haute que 2,5m, peut-être 3, mais la houle était incroyablement hachée et on a passé la traversée à se cogner à bâbord, puis à tribord. A 2 dans quelques mètres cubes, on a vite commencé à se marcher dessus et il n’en a pas fallu plus qu’une lumière de mat qui nous lâche pour que les premières disputes éclatent. Non, non, non, pas question, je ne t’enverrai pas en haut du mat en pleine mer, Jérémy, n’y pense même pas! Plutôt faire des quarts de nuit en vigilance constante et allumer notre lumière de moteur qui consomme beaucoup à l’approche d’une lumière. J’ai gagné la dispute ; on y a perdu pas mal de tranquillité d’esprit.
Arrivés dans le courant de Guyane, le vent nous a lâché, et le soleil aussi. Pour ne rien arranger, la pompe de cale s’est bloquée en marche forcée et le temps que je m’en rende compte, elle avait vidé les batteries. Le diesel avait également pris l’eau, il a fallu purger tout ça et nettoyer les filtres. Ce n’est que 36h après notre arrivée dans le courant, et avec chance devant l’entrée du Mahury, la rivière ou nous sommes, que nous avons enfin eu assez de rayons de soleil sur les panneaux pour démarrer le moteur. J’en aurais pleuré… et voilà, en route vers le mouillage, comme si ces 3 dernières semaines n’étaient qu’une courte page tournée, moi qui ai passé la deuxième semaine à me désespérer d’arriver un jour.
samedi 21 avril 2018
Des photos du Cap Vert
Notre copain, renommé "Boop-Boop" par mes soins. A chaque voiture qui passait, Jeremy avait peur qu'il se fasse renverser, que je le fasse soigner et que je l'adopte. Il a été soulagé quand il a fini par arrêter de nous suivre, après plusieurs heures.
jeudi 12 avril 2018
Une coupe cap-verdienne, s’il vous plait!
Ca fait déjà 10 minutes qu’on tourne dans les rues de Mindelo ; Jérémy s’est mis en tête de se débarrasser d’une partie de sa tignasse qui le gène depuis maintenant quelques semaines, mais impossible de retrouver les petites échoppes de coiffeur/barbier repérées la veille. Finalement, c’est dans la dernière rue avant de rentrer au mouillage qu’on la trouve : une petite échoppe qu’on ne devine être le repère d’un coiffeur qu’en mettant un coup d’oeil rapide dans l’entrebâillement d’une lourde porte en bois. Jérémy, expert pour se faire comprendre avec quelques gestes rapides des mains, se fait confirmer la possibilité d’une coupe de cheveux, tout de suite, et obtient le tarifs : 300 escudos, un tout petit peu moins de 3 euros.
Cela dit, ce n’est pas chose aisé de décrire la coiffure qu’on veut sans un mot de vocabulaire, et nous nous rabattons sur les posters de footballers accrochés au mur pour lui indiquer quel style, en gros, donner. Bon, les posters datent des années 80-90, donc il nous faudra une minute ou deux a chercher une coupe convenable parmi pas mal de mulets, mais finalement, le message passe et Jérémy s’installe.
Pendant que le coiffeur passe la chevelure de Jérémy au peigne, lui donnant un air de danseur d’opérette des plus amusants, je contemple la boutique. Quatre gros fauteuils de barbier, style art-déco, travail de ferronnerie admirable, font face a une petite desserte mal égale, faite de vieux agglomérés sur lesquels ont été collés des imprimés bois en plastique. Quatre énormes vieux miroirs reflètent tant bien que mal les murs verts et jaunes, à travers leurs tâches brunes et un certain déformement causé par l’âge. Chaque siège se voit attribué un tiroir en face de lui, qui attire ma curiosité, car jamais le coiffeur n’en tirera le gros bouton rond et rouillé pour y attraper une paire de ciseaux ou une tondeuse. Ici et là, traînent des piles de magazines féminins et des bombes de mousse à raser. Jérémy, lui, trône sur une pile de divers magazines, judicieusement installés là pour parer à l’état de délabrement de la sellerie des antiquités que sont les sièges. Mon regard passe paresseusement de sa chevelure aux trous dans le crépit, et aux nombreux posters, équipes de football ou images humoristiques d’internet dont la signification m'échappe. L’ensemble, avec son odeur sucrée de produits pour la peau et les cheveux, dégage une atmosphère vraiment désuette et unique, entre un film de Wes Anderson, d’Almodovar, et la réalité du labeur d’un homme qui coupe des cheveux pour 300 escudos (peut-être moins pour les locaux, ce qui me paraitrait normal).
Très vite, le coiffeur se tend un peu, et Jérémy aussi légèrement. Moi je represse un rire qui aurait été mal venu : clairement, les touffes de cheveux fins et indomptés ne courent pas les rues ici, encore moins celles qui réclament d’être désépaissies sans passer par la tondeuse, et notre coiffeur s’entête à vouloir faire une frange droite à la moitié du front de mon matelot. Finalement, Jérémy lui demande gentiment de passer à la tondeuse : tant pis, on fera plus court, mais au moins l‘arrière de la tête sera bien fait, et pour le devant je ferai les finitions une fois rentrés à bord. L’artiste capillaire s’exécute, soulagé de pouvoir reprendre une esquisse dont même lui n’avait l’air qu’à moitié satisfait.
On repartira, Jérémy avec la coupe d’Elvis sans la gomina et moi fière d’avoir réprimé ce fou-rire qui aurait été insultant pour le travailleur qu’on avait en face de nous. Trois coups de ciseaux, un peu d’eau de mer dans les cheveux et la catastrophe est évitée ; pour trois euros, Jérémy a eu une nouvelle coupe, on a visité un salon de coiffure des plus coquets, et en prime j’ai une anecdote pour le blog - que du positif, au final.
Cela dit, ce n’est pas chose aisé de décrire la coiffure qu’on veut sans un mot de vocabulaire, et nous nous rabattons sur les posters de footballers accrochés au mur pour lui indiquer quel style, en gros, donner. Bon, les posters datent des années 80-90, donc il nous faudra une minute ou deux a chercher une coupe convenable parmi pas mal de mulets, mais finalement, le message passe et Jérémy s’installe.
Pendant que le coiffeur passe la chevelure de Jérémy au peigne, lui donnant un air de danseur d’opérette des plus amusants, je contemple la boutique. Quatre gros fauteuils de barbier, style art-déco, travail de ferronnerie admirable, font face a une petite desserte mal égale, faite de vieux agglomérés sur lesquels ont été collés des imprimés bois en plastique. Quatre énormes vieux miroirs reflètent tant bien que mal les murs verts et jaunes, à travers leurs tâches brunes et un certain déformement causé par l’âge. Chaque siège se voit attribué un tiroir en face de lui, qui attire ma curiosité, car jamais le coiffeur n’en tirera le gros bouton rond et rouillé pour y attraper une paire de ciseaux ou une tondeuse. Ici et là, traînent des piles de magazines féminins et des bombes de mousse à raser. Jérémy, lui, trône sur une pile de divers magazines, judicieusement installés là pour parer à l’état de délabrement de la sellerie des antiquités que sont les sièges. Mon regard passe paresseusement de sa chevelure aux trous dans le crépit, et aux nombreux posters, équipes de football ou images humoristiques d’internet dont la signification m'échappe. L’ensemble, avec son odeur sucrée de produits pour la peau et les cheveux, dégage une atmosphère vraiment désuette et unique, entre un film de Wes Anderson, d’Almodovar, et la réalité du labeur d’un homme qui coupe des cheveux pour 300 escudos (peut-être moins pour les locaux, ce qui me paraitrait normal).
Très vite, le coiffeur se tend un peu, et Jérémy aussi légèrement. Moi je represse un rire qui aurait été mal venu : clairement, les touffes de cheveux fins et indomptés ne courent pas les rues ici, encore moins celles qui réclament d’être désépaissies sans passer par la tondeuse, et notre coiffeur s’entête à vouloir faire une frange droite à la moitié du front de mon matelot. Finalement, Jérémy lui demande gentiment de passer à la tondeuse : tant pis, on fera plus court, mais au moins l‘arrière de la tête sera bien fait, et pour le devant je ferai les finitions une fois rentrés à bord. L’artiste capillaire s’exécute, soulagé de pouvoir reprendre une esquisse dont même lui n’avait l’air qu’à moitié satisfait.
On repartira, Jérémy avec la coupe d’Elvis sans la gomina et moi fière d’avoir réprimé ce fou-rire qui aurait été insultant pour le travailleur qu’on avait en face de nous. Trois coups de ciseaux, un peu d’eau de mer dans les cheveux et la catastrophe est évitée ; pour trois euros, Jérémy a eu une nouvelle coupe, on a visité un salon de coiffure des plus coquets, et en prime j’ai une anecdote pour le blog - que du positif, au final.
Heureux avant
Dubitatif après
9 jours à attendre
Santa Cruz de la Palma, Canaries, à Mindelo, Cap-Vert.
Distance : plus de 800 miles
Cap à faire : 210 degrés.
Cap fait : 195 ou 245 selon le bord.
Durée : 8 jours et 15h.
Force du vent : 3 le premier jour, 4 le deuxième, 5/6 tous les jours suivants.
Hauteur de la houle : 2 à 4 m selon les jours.
Période de la houle : 6 à 7 secondes - trop courte.
Voilure : Gv 2 ris + trinquette les 3 premiers jours, GV seule les jours suivants, tourmentin seul à l’arrivée.
Bateau croisés : 1.
Cachets anti-mal de mer avalés : Quasiment 2 tablettes.
Livres terminés : 2.
Litres d’eau consommés : 70.
Litres de gasoil consommés : 3.
Vomis : 1.
Calamar jetés sur le pont par les vagues : 4.
Oeufs explosé par terre : 1.
Omelette renversée par terre : 1/3.
Omelette renversée sur la tête de Margot qui nettoyait celle par terre : 1/3.
Nombre d’omelettes qui seront faites en nav’ à l’avenir : 0.
Cable de transmission pété :1.
Jurons lâchés quand le moteur a refusé de s’embrayer à l’arrivée : 347’239’487
Idée ingénieuse pour faire une réparation provisoire : 1.
Manoeuvre de mouillage réussie : 1.
Motivation pour faire l’Atlantique pendant cette traversée : 3/10
Motivation pour faire l’Atlantique à l’arrivée : 9/10
La moitié de l'age de mon bateau
25 ans, déjà! Dans les préparatifs de notre départ, Jérémy a eu le temps de m’emmener faire plein de trucs chouettes pour mon quart de siècle - et peut-être un peu aussi pour les 50 ans de Lilla, sortie du chantier Arlaplast de Luleå, seulement quelques degrés en dessous du cercle polaire arctique, en l’an de grâce 1968.
Le 30 au soir, on part tout guillerets dans un chouette petit resto de Santa Cruz ; on sait que le lendemain, outre mes 25 ans, marquera notre dernier jour à la Palma après plus d’un mois à trimer sur le bateau. Ce qu’on a oublié, en revanche, c’est qu’on est le vendredi de pâques et qu’on pourra assister à une procession de la semaine sainte. Et quelle procession! Au détour d’une rue, des torches, des chaines à des pieds nus, des tambours, mais surtout une tenue qui, pour ceux qui ont été influencés par la culture américaine comme c’est le cas pour nous, n’évoque pas vraiment la liesse et les célébrations : cagoule pointue rouge, toge blanche, petits trous pour les yeux, on pense Ku Klux Klan tout de suite. On les regarde passer, démarche lourde et chaloupée au son du tambour, et bien qu’on soit au courant de notre méprise, l’image reste inquiétante. Arrivés à notre terrasse, on les verra passer, adultes et enfants, cagoules rouges puis violettes puis noires puis vertes, et enfin blanches.
Nous ne croiserons pas de pénitents en cagoule pointues le lendemain, qui se déroulera plus calmement entre gateau glacé à la plage et randonnée sur les hauteurs de Santa Cruz.
Le 30 au soir, on part tout guillerets dans un chouette petit resto de Santa Cruz ; on sait que le lendemain, outre mes 25 ans, marquera notre dernier jour à la Palma après plus d’un mois à trimer sur le bateau. Ce qu’on a oublié, en revanche, c’est qu’on est le vendredi de pâques et qu’on pourra assister à une procession de la semaine sainte. Et quelle procession! Au détour d’une rue, des torches, des chaines à des pieds nus, des tambours, mais surtout une tenue qui, pour ceux qui ont été influencés par la culture américaine comme c’est le cas pour nous, n’évoque pas vraiment la liesse et les célébrations : cagoule pointue rouge, toge blanche, petits trous pour les yeux, on pense Ku Klux Klan tout de suite. On les regarde passer, démarche lourde et chaloupée au son du tambour, et bien qu’on soit au courant de notre méprise, l’image reste inquiétante. Arrivés à notre terrasse, on les verra passer, adultes et enfants, cagoules rouges puis violettes puis noires puis vertes, et enfin blanches.
Nous ne croiserons pas de pénitents en cagoule pointues le lendemain, qui se déroulera plus calmement entre gateau glacé à la plage et randonnée sur les hauteurs de Santa Cruz.
lundi 26 mars 2018
La valse infinie des fenêtres météo
Un lundi après-midi, de retour de balade. On aurait du partit depuis maintenant presque 2 semaines. Seulement voilà, il y a tout d’abord eu ce problème d’étai abimé, qui nous a pas mal bloqués, et puis maintenant la compagnie à qui j’ai acheté la recharge de notre téléphone satellite qui a une semaine de retard sur l’activation. Et bien sûr, un coup de vent arrive jeudi, nous voici donc bloqués à la Palma pour un sacré morceau de temps.
Le premier réflexe, c’était de pester, contre l’idiot qu’on a payé rubis sur l’ongle à Saint-Cast et qui n’a pas su installer correctement l’enrouleur, contre cette compagnie de téléphone satellite qui a une conception bien à elle de « 24 à 48 heures de délai » et contre le hasard qui a décidé de nous envoyer des vents de force 7 pour bien nous rappeler que les alizés, techniquement, c’est encore plus au sud… mais à l’instant présent, je suis surtout satisfaite. Cette escale infinie à la Palma n’a pas uniquement servi à nous faire dépenser plein d’argent en marina et autres joyeusetés ; non, on a surtout enfin trouvé une organisation du bateau qui nous plait, un espace à habiter aussi bien au mouillage qu’en navigation. Ca parait tout bête et vraiment pas un exploit, mais ça nous a pris un sacré temps ; faire rentrer plusieurs centaines de kilos de nourritures et d’eau dans ce tout petit bateau en gardant 2 couchettes pour nous, la possibilité d’être à l’intérieur sans se cogner dans n’importe quoi, et garder un bateau équilibré, ça a été du tâtonnement. Sans compter que tout le temps qu’on a eu nous a permis plein de petites améliorations qui simplifient le quotidien ; des tiroirs compartimentés, une étagère à épices, une sangle pour cuisiner en mer, un lieu fixe pour la poubelle, des filets dans les placards pour ne pas se recevoir leur contenu sur les pieds quand ça roule et qu’on avait juste besoin d’un peu de sucre, un hamac à fruits, une housse pour l’annexe, des espèces de moumoutes dans les haubans pour éviter que les voiles ne frottent et s’abiment, des filets pour les filières pour limiter les chances de glisser par dessus-bord… Toutes ces petites choses qu’on se dit « il faut faire » et qu’on repousse sans cesse parce qu’il faut se dépêcher d’aller ici ou là, se dépêcher d’en profiter.
Cette escale qui s’éternise bien malgré nous empiète sur notre temps au Cap Vert, mais elle nous a permis de nous sentir plus prêts que jamais à faire l’Atlantique, et l’appréhension s’est transformée en enthousiasme ; pour la première fois je me suis entendue dire « J’ai hâte d’être au milieu de l’Atlantique » à la place de « J’ai hâte d’être arrivée ici ou là ». Alors, c’est vrai que c’est dommage d’être aux Canaries et de visiter principalement tous les recoins de son propre bateau qu’on aurait tout aussi bien pu admirer dans telle ou telle baie française - mais c’est comme ça. On est pas partis pour une aventure qu’il faut se presser d’accomplir pour revenir avec le maximum d’images dans la tête, on est partis pour un mode de vie qu’on (re)découvre à notre rythme.
Le premier réflexe, c’était de pester, contre l’idiot qu’on a payé rubis sur l’ongle à Saint-Cast et qui n’a pas su installer correctement l’enrouleur, contre cette compagnie de téléphone satellite qui a une conception bien à elle de « 24 à 48 heures de délai » et contre le hasard qui a décidé de nous envoyer des vents de force 7 pour bien nous rappeler que les alizés, techniquement, c’est encore plus au sud… mais à l’instant présent, je suis surtout satisfaite. Cette escale infinie à la Palma n’a pas uniquement servi à nous faire dépenser plein d’argent en marina et autres joyeusetés ; non, on a surtout enfin trouvé une organisation du bateau qui nous plait, un espace à habiter aussi bien au mouillage qu’en navigation. Ca parait tout bête et vraiment pas un exploit, mais ça nous a pris un sacré temps ; faire rentrer plusieurs centaines de kilos de nourritures et d’eau dans ce tout petit bateau en gardant 2 couchettes pour nous, la possibilité d’être à l’intérieur sans se cogner dans n’importe quoi, et garder un bateau équilibré, ça a été du tâtonnement. Sans compter que tout le temps qu’on a eu nous a permis plein de petites améliorations qui simplifient le quotidien ; des tiroirs compartimentés, une étagère à épices, une sangle pour cuisiner en mer, un lieu fixe pour la poubelle, des filets dans les placards pour ne pas se recevoir leur contenu sur les pieds quand ça roule et qu’on avait juste besoin d’un peu de sucre, un hamac à fruits, une housse pour l’annexe, des espèces de moumoutes dans les haubans pour éviter que les voiles ne frottent et s’abiment, des filets pour les filières pour limiter les chances de glisser par dessus-bord… Toutes ces petites choses qu’on se dit « il faut faire » et qu’on repousse sans cesse parce qu’il faut se dépêcher d’aller ici ou là, se dépêcher d’en profiter.
Cette escale qui s’éternise bien malgré nous empiète sur notre temps au Cap Vert, mais elle nous a permis de nous sentir plus prêts que jamais à faire l’Atlantique, et l’appréhension s’est transformée en enthousiasme ; pour la première fois je me suis entendue dire « J’ai hâte d’être au milieu de l’Atlantique » à la place de « J’ai hâte d’être arrivée ici ou là ». Alors, c’est vrai que c’est dommage d’être aux Canaries et de visiter principalement tous les recoins de son propre bateau qu’on aurait tout aussi bien pu admirer dans telle ou telle baie française - mais c’est comme ça. On est pas partis pour une aventure qu’il faut se presser d’accomplir pour revenir avec le maximum d’images dans la tête, on est partis pour un mode de vie qu’on (re)découvre à notre rythme.
mercredi 14 mars 2018
De vrais petits touristes
Une fois la tempête passée et l’étanchéité des hublots refaite (ainsi que beaucoup d’autres bricoles qui mériteraient leur propre article), on a décidé qu’il était grand temps de se permettre un petit plaisir et on a loué une voiture pour visiter un peu cette ile, qui, à ce qu’il paraît, serait la plus pentue du monde.
Un bon matin, réveil à 6h30, bus pour l’aéroport, et on récupère une petite C1 blanche qui sera notre destrier pour ces aventures toutes terrestres. A nous les routes sinueuses - on prend directement celle qui mène au sommet de l’île. Ca tortille dans tous les sens, et après une demi-heure de route qui s’apparente de plus en plus à de la navigation avec houle traversante pour moi (comprendre : mal au coeur), on commence à se dire qu’on est un peu partis comme des gros touristes (qu’on est) et qu’on a pas pensé à vérifier l’état des routes sur Internet après cette grosse tempête qui a inévitablement provoqué pas mal de glissement de terrain. Mais on a de la chance (pour cette fois) et la voie est libre ; on aura moins de chance le lendemain et on devra faire demi-tour quand devant nous la route se transformera en une grosse pelleteuse rouge déblayant des gravats. Très vite on se retrouve à 2000 mètres d’altitude, et ce jour-là, la visibilité est incroyable, on voit les îles alentours : Tenerife, la Gomera et el Hierro… et même une autre ile plus loin! Sa position semble indiquer que ce soit Lanzarote mais cela semble dingue… elle est à plus de 100 miles… Gran Canaria, quand à elle, devrait être cachée par Tenerife? Un mystère.
Le sommet de l’île est un gigantesque observatoire astronomique, il y a des dômes de toutes les tailles un peu partout, et en ce qui concerne la randonnée, elle est offerte à tous grâce à un grand parking et à un chemin pavé qui mène au point culminant (ce qui ne manquera pas de faire râler les puristes … mais de donner le sourire aux gens en fauteuils). Plus un point de vue ou une ballade qu’une réelle randonnée, mais cela n’empêche pas de nombreux promeneurs de descendre de leur voiture de location munis de bottes d’alpinisme et de balises personnelles. Un défilé de matériel dernier cri, une vraie pub pour the North Face ; et Jérémy avec ses tongs fait gentiment sourire les passants.
En redescendant vers Tazacorte, on sort de la route principale et on découvre plein de jolis petits villages dans des vallées toutes vertes. Puis ce sera Tazacorte et son port beaucoup plus animé que celui où nous sommes, et puis la côte Sud et ses volcans dans la brume, et la côte Nord-Est avec ses bananeraies à perte de vue. On rentre à bon port exténués mais ravis.
Un bon matin, réveil à 6h30, bus pour l’aéroport, et on récupère une petite C1 blanche qui sera notre destrier pour ces aventures toutes terrestres. A nous les routes sinueuses - on prend directement celle qui mène au sommet de l’île. Ca tortille dans tous les sens, et après une demi-heure de route qui s’apparente de plus en plus à de la navigation avec houle traversante pour moi (comprendre : mal au coeur), on commence à se dire qu’on est un peu partis comme des gros touristes (qu’on est) et qu’on a pas pensé à vérifier l’état des routes sur Internet après cette grosse tempête qui a inévitablement provoqué pas mal de glissement de terrain. Mais on a de la chance (pour cette fois) et la voie est libre ; on aura moins de chance le lendemain et on devra faire demi-tour quand devant nous la route se transformera en une grosse pelleteuse rouge déblayant des gravats. Très vite on se retrouve à 2000 mètres d’altitude, et ce jour-là, la visibilité est incroyable, on voit les îles alentours : Tenerife, la Gomera et el Hierro… et même une autre ile plus loin! Sa position semble indiquer que ce soit Lanzarote mais cela semble dingue… elle est à plus de 100 miles… Gran Canaria, quand à elle, devrait être cachée par Tenerife? Un mystère.
Le sommet de l’île est un gigantesque observatoire astronomique, il y a des dômes de toutes les tailles un peu partout, et en ce qui concerne la randonnée, elle est offerte à tous grâce à un grand parking et à un chemin pavé qui mène au point culminant (ce qui ne manquera pas de faire râler les puristes … mais de donner le sourire aux gens en fauteuils). Plus un point de vue ou une ballade qu’une réelle randonnée, mais cela n’empêche pas de nombreux promeneurs de descendre de leur voiture de location munis de bottes d’alpinisme et de balises personnelles. Un défilé de matériel dernier cri, une vraie pub pour the North Face ; et Jérémy avec ses tongs fait gentiment sourire les passants.
En redescendant vers Tazacorte, on sort de la route principale et on découvre plein de jolis petits villages dans des vallées toutes vertes. Puis ce sera Tazacorte et son port beaucoup plus animé que celui où nous sommes, et puis la côte Sud et ses volcans dans la brume, et la côte Nord-Est avec ses bananeraies à perte de vue. On rentre à bon port exténués mais ravis.
Coup de vent sur la Palma
Le plan semblait parfait : on a quitté Lanzarote pour La Palma le lundi 19 février avec une fenêtre météo de 3 jours - juste assez de temps pour arriver à la Palma et se préparer à encaisser le premier coup de vent prévu pour le vendredi, annonciateur d’un gros système dépressionnaire qui allait nous passer sur la tête la semaine suivante.
Coup de vent d’Ouest, alors en toute logique on a choisi le port de Santa Cruz, sur la côte est. Tous les guides mentionnaient un certain ressac dans le port mais sa brochure récente, récupérée à Lanzarote, indiquait la présence d’une écluse censée casser la houle. C’est après quelques jours qu’on s’est rendus compte que certes, l’écluse était bien là, mais que la marina n’en avait pas encore le contrôle et que par conséquent elle était toujours fermée. Mais, à vrai dire, la houle n’a pas vraiment été le problème - du moins pas le problème principal. Bizarrement, et probablement à cause du relief de l’île, la marina se trouve dans un couloir de vent continu, et il y souffle toujours deux fois plus que sur le front de mer. Alors quand le vent s’est levé, accompagné d’une pluie drue et horizontale, le bateau s’est mis à se balancer dans tous les sens - pour être exacte, il gîtait au ponton. En fait, je n’avais jamais senti autant de vent de toute ma vie. Et il était comme fou - un coup de l’ouest, un coup du sud, un coup du sud-ouest… Heureusement on a pensé à saucissonner nos voiles et à doubler nos amarres, et les seuls dommages causés au bateau ont été une amarre cassée et notre drapeau espagnol de courtoisie envolé dans les nues. Mais notre moral en a pris un coup - quelques heures après le début de la pluie, deux des hublots que nous avions réparé durant notre séjour au Guadiana se sont mis à fuir par la visserie. Un vrai goutte-à-goutte qui nous a obligé à installer des écuelles sur les banquettes pour tenter de limiter la catastrophe. 48 heures dans l’humidité et le plic-ploc incessant, avec le vent qui hurle et qui fait rentrer la pluie par les interstices de la descente, avec ces stupides coups de gîte au ponton qui finissent toujours par faire tomber quelque chose… On a eu des heures plus glorieuses. Cela dit, quel spectacle! Un peu plus ou un peu moins d’eau dans le bateau, quelle différence, alors on est sortis plusieurs fois observer la ville vide, ses commerces fermés, ses palmiers qui s’agitaient dans tous les sens, et puis, de loin, la houle qui s’écrasait sur la jetée. Heureux d’être au port quand la mer prend ces allures-là.
Coup de vent d’Ouest, alors en toute logique on a choisi le port de Santa Cruz, sur la côte est. Tous les guides mentionnaient un certain ressac dans le port mais sa brochure récente, récupérée à Lanzarote, indiquait la présence d’une écluse censée casser la houle. C’est après quelques jours qu’on s’est rendus compte que certes, l’écluse était bien là, mais que la marina n’en avait pas encore le contrôle et que par conséquent elle était toujours fermée. Mais, à vrai dire, la houle n’a pas vraiment été le problème - du moins pas le problème principal. Bizarrement, et probablement à cause du relief de l’île, la marina se trouve dans un couloir de vent continu, et il y souffle toujours deux fois plus que sur le front de mer. Alors quand le vent s’est levé, accompagné d’une pluie drue et horizontale, le bateau s’est mis à se balancer dans tous les sens - pour être exacte, il gîtait au ponton. En fait, je n’avais jamais senti autant de vent de toute ma vie. Et il était comme fou - un coup de l’ouest, un coup du sud, un coup du sud-ouest… Heureusement on a pensé à saucissonner nos voiles et à doubler nos amarres, et les seuls dommages causés au bateau ont été une amarre cassée et notre drapeau espagnol de courtoisie envolé dans les nues. Mais notre moral en a pris un coup - quelques heures après le début de la pluie, deux des hublots que nous avions réparé durant notre séjour au Guadiana se sont mis à fuir par la visserie. Un vrai goutte-à-goutte qui nous a obligé à installer des écuelles sur les banquettes pour tenter de limiter la catastrophe. 48 heures dans l’humidité et le plic-ploc incessant, avec le vent qui hurle et qui fait rentrer la pluie par les interstices de la descente, avec ces stupides coups de gîte au ponton qui finissent toujours par faire tomber quelque chose… On a eu des heures plus glorieuses. Cela dit, quel spectacle! Un peu plus ou un peu moins d’eau dans le bateau, quelle différence, alors on est sortis plusieurs fois observer la ville vide, ses commerces fermés, ses palmiers qui s’agitaient dans tous les sens, et puis, de loin, la houle qui s’écrasait sur la jetée. Heureux d’être au port quand la mer prend ces allures-là.
Les premières heures :
Deuxième jour, nettement moins rigolo :
dimanche 18 février 2018
Lilla dans les îles
« Je vois l’ancre! Je vois l’ancre! » Il est 19h, le soleil s’est couché et, après 4 jours et demis de navigation, on vient de mouiller dans une petite baie près du port industriel, à l’entrée de la Marina d’Arrecife. Et en effet, avec ma lampe frontale, je vois l’ancre quelques 4 mètres plus bas. Premier émerveillement tout bête ; nous voilà dans les îles! Ca y est!
On nous avait prévenu : les Canaries de l’Est, c’est très touristique, et puis la côte Sud des îles, quelle horreur! … Nous, on voit surtout qu’on peut se balader en t-shirt, que Jérémy a l’occasion de découvrir sa première île volcanique et qu’il ne manque pas de s’émerveiller devant l’omniprésence de ces pierres et gravillons noirs… et surtout que l’eau est enfin turquoise! Bon, ce n’est pas la Polynésie mais on a enfin l’impression d’avoir sauté à pieds joints au milieu de notre rêve, ce rêve partagé depuis ce soir d’automne, où, sur un quai de Fécamp, j’avais timidement dit à Jérémy : « Tu sais, je vais avoir besoin d’un équipier jusqu’aux Canaries… Ca te dirait? » ... Il avait dit oui sans savoir qu’il s’embarquait dans non pas six mois mais un an et demi de chantier, mais surtout sans savoir qu’il ne serait plus jamais question pour lui de débarquer, ce genre d’aventure étant souvent un guet-apens où l’on finit par tomber amoureux de sa capitaine.
En fait d’ambiance sans âme, on est accueillis au ponton de la marina d’Arrecife par un belge des plus jovial qui nous invitera le soir même à prendre l’apéro en compagnie de sa femme sur son bateau. Quel accueil! Quelle générosité! Le lendemain, on emprunte leurs vélos pour faire un très gros approvisionnement pré-Atlantique (livraison gratuite oblige) et pendant ce temps, elle nous aura préparé un bouteille de la même soupe qu’on avait gouté la veille à bord et dans laquelle Jérémy était tombé avec délectation… Miam! En fait d’une nuit au ponton, on entame ce soir notre 3ème. Mais demain, c’est sûr, on part! La météo est vraiment parfaite pour nous rendre à l’île de la Palma, où nous avons décidé de passer quelques semaines avant d’aller au Cap Vert.
On nous avait prévenu : les Canaries de l’Est, c’est très touristique, et puis la côte Sud des îles, quelle horreur! … Nous, on voit surtout qu’on peut se balader en t-shirt, que Jérémy a l’occasion de découvrir sa première île volcanique et qu’il ne manque pas de s’émerveiller devant l’omniprésence de ces pierres et gravillons noirs… et surtout que l’eau est enfin turquoise! Bon, ce n’est pas la Polynésie mais on a enfin l’impression d’avoir sauté à pieds joints au milieu de notre rêve, ce rêve partagé depuis ce soir d’automne, où, sur un quai de Fécamp, j’avais timidement dit à Jérémy : « Tu sais, je vais avoir besoin d’un équipier jusqu’aux Canaries… Ca te dirait? » ... Il avait dit oui sans savoir qu’il s’embarquait dans non pas six mois mais un an et demi de chantier, mais surtout sans savoir qu’il ne serait plus jamais question pour lui de débarquer, ce genre d’aventure étant souvent un guet-apens où l’on finit par tomber amoureux de sa capitaine.
En fait d’ambiance sans âme, on est accueillis au ponton de la marina d’Arrecife par un belge des plus jovial qui nous invitera le soir même à prendre l’apéro en compagnie de sa femme sur son bateau. Quel accueil! Quelle générosité! Le lendemain, on emprunte leurs vélos pour faire un très gros approvisionnement pré-Atlantique (livraison gratuite oblige) et pendant ce temps, elle nous aura préparé un bouteille de la même soupe qu’on avait gouté la veille à bord et dans laquelle Jérémy était tombé avec délectation… Miam! En fait d’une nuit au ponton, on entame ce soir notre 3ème. Mais demain, c’est sûr, on part! La météo est vraiment parfaite pour nous rendre à l’île de la Palma, où nous avons décidé de passer quelques semaines avant d’aller au Cap Vert.
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