samedi 19 mai 2018

Et un jour la terre vous apparaît...



 "Terre!!"

« Oh, regarde là! Un requin!!! J’ai vu son aileron! ». Jérémy, à la barre pour l’entrée de la rivière du Mahury, est fasciné. Le soleil est de plomb, mais nous sommes heureux de le voir enfin. Autour de nous, l’eau est brune et parsemée de petites iles d’un vert profond. Je scrute l’eau boueuse, à la recherche de l’animal peu commun dans un estuaire. « Là! Ils sont deux! » Deux ailerons viennent d’apparaitre au ras de l’eau, et je reconnais des dauphins d’eau douce - des Sotalies de l’Amazone, comme nous l’apprendra plus tard le bouquin sur les mammifères marins que nous avons embarqué. Jérémy est hilare de son erreur, et je ris de bon coeur avec lui. Nos cernes font des grosses poches sous nos yeux qu’on plisse pour se prémunir du soleil, nous donnant l’air de faire une perpétuelle grimace, mais on est tellement heureux ; ça faisait bien longtemps qu’on avait  pas rit aussi franchement tous les deux ensemble. 


Poisson volant échoué sur le pont et pas secouru à temps

Le bateau, y'a plus écolo



Il faut dire que la traversée n’a pas été très drôle ;  la mer qu’on nous avait décrite comme remuée d’une longue houle océanique de 6 à 8m (8 à 10 pour ceux de nos interlocuteurs les plus prônes aux envolées lyriques) n’était jamais plus haute que 2,5m, peut-être 3, mais la houle était incroyablement hachée et on a passé la traversée à se cogner à bâbord, puis à tribord. A 2 dans quelques mètres cubes, on a vite commencé à se marcher dessus et il n’en a pas fallu plus qu’une lumière de mat qui nous lâche pour que les premières disputes éclatent. Non, non, non, pas question, je ne t’enverrai pas en haut du mat en pleine mer, Jérémy, n’y pense même pas! Plutôt faire des quarts de nuit en vigilance constante et allumer notre lumière de moteur qui consomme beaucoup à l’approche d’une lumière. J’ai gagné la dispute ; on y a perdu pas mal de tranquillité d’esprit.
Arrivés dans le courant de Guyane, le vent nous a lâché, et le soleil aussi. Pour ne rien arranger, la pompe de cale s’est bloquée en marche forcée et le temps que je m’en rende compte, elle avait vidé les batteries. Le diesel avait également pris l’eau, il a fallu purger tout ça et nettoyer les filtres. Ce n’est que 36h après notre arrivée dans le courant, et avec chance devant l’entrée du Mahury, la rivière ou nous sommes, que nous avons enfin eu assez de rayons de soleil sur les panneaux pour démarrer le moteur. J’en aurais pleuré… et voilà, en route vers le mouillage, comme si ces 3 dernières semaines n’étaient qu’une courte page tournée, moi qui ai passé la deuxième semaine à me désespérer d’arriver un jour.

samedi 21 avril 2018

Des photos du Cap Vert


Notre copain, renommé "Boop-Boop" par mes soins. A chaque voiture qui passait, Jeremy avait peur qu'il se fasse renverser, que je le fasse soigner et que je l'adopte. Il a été soulagé quand il a fini par arrêter de nous suivre, après plusieurs heures.







jeudi 12 avril 2018

Une coupe cap-verdienne, s’il vous plait!

Ca fait déjà 10 minutes qu’on tourne dans les rues de Mindelo ; Jérémy s’est mis en tête de se débarrasser d’une partie de sa tignasse qui le gène depuis maintenant quelques semaines, mais impossible de retrouver les petites échoppes de coiffeur/barbier repérées la veille. Finalement, c’est dans la dernière rue avant de rentrer au mouillage qu’on la trouve : une petite échoppe qu’on ne devine être le repère d’un coiffeur qu’en mettant un coup d’oeil rapide dans l’entrebâillement d’une lourde porte en bois. Jérémy, expert pour se faire comprendre avec quelques gestes rapides des mains, se fait confirmer la possibilité d’une coupe de cheveux, tout de suite, et obtient le tarifs : 300 escudos, un tout petit peu moins de 3 euros.
Cela dit, ce n’est pas chose aisé de décrire la coiffure qu’on veut sans un mot de vocabulaire, et nous nous rabattons sur les posters de footballers accrochés au mur pour lui indiquer quel style, en gros, donner. Bon, les posters datent des années 80-90, donc il nous faudra une minute ou deux a chercher une coupe convenable parmi pas mal de mulets, mais finalement, le message passe et Jérémy s’installe.
Pendant que le coiffeur passe la chevelure de Jérémy au peigne, lui donnant un air de danseur d’opérette des plus amusants, je contemple la boutique. Quatre gros fauteuils de barbier, style art-déco, travail de ferronnerie admirable, font face a une petite desserte mal égale, faite de vieux agglomérés sur lesquels ont été collés des imprimés bois en plastique. Quatre énormes vieux miroirs reflètent tant bien que mal les murs verts et jaunes, à travers leurs tâches brunes et un certain déformement causé par l’âge. Chaque siège se voit attribué un tiroir en face de lui, qui attire ma curiosité, car jamais le coiffeur n’en tirera le gros bouton rond et rouillé pour y attraper une paire de ciseaux ou une tondeuse. Ici et là, traînent des piles de magazines féminins et des bombes de mousse à raser. Jérémy, lui, trône sur une pile de divers magazines, judicieusement installés là pour parer à l’état de délabrement de la sellerie des antiquités que sont les sièges. Mon regard passe paresseusement de sa chevelure aux trous dans le crépit, et aux nombreux posters, équipes de football ou images humoristiques d’internet dont la signification m'échappe. L’ensemble, avec son odeur sucrée de produits pour la peau et les cheveux, dégage une atmosphère vraiment désuette et unique, entre un film de Wes Anderson, d’Almodovar, et la réalité du labeur d’un homme qui coupe des cheveux pour 300 escudos (peut-être moins pour les locaux, ce qui me paraitrait normal).
Très vite, le coiffeur se tend un peu, et Jérémy aussi légèrement. Moi je represse un rire qui aurait été mal venu : clairement, les touffes de cheveux fins et indomptés ne courent pas les rues ici, encore moins celles qui réclament d’être désépaissies sans passer par la tondeuse, et notre coiffeur s’entête à vouloir faire une frange droite à la moitié du front de mon matelot. Finalement, Jérémy lui demande gentiment de passer à la tondeuse : tant pis, on fera plus court, mais au moins l‘arrière de la tête sera bien fait, et pour le devant je ferai les finitions une fois rentrés à bord. L’artiste capillaire s’exécute, soulagé de pouvoir reprendre une esquisse dont même lui n’avait l’air qu’à moitié satisfait.
On repartira, Jérémy avec la coupe d’Elvis sans la gomina et moi fière d’avoir réprimé ce fou-rire qui aurait été insultant pour le travailleur qu’on avait en face de nous. Trois coups de ciseaux, un peu d’eau de mer dans les cheveux et la catastrophe est évitée ; pour trois euros, Jérémy a eu une nouvelle coupe, on a visité un salon de coiffure des plus coquets, et en prime j’ai une anecdote pour le blog - que du positif, au final.



 Heureux avant
 Dubitatif après

9 jours à attendre



Santa Cruz de la Palma, Canaries, à Mindelo, Cap-Vert.
Distance : plus de 800 miles
Cap à faire : 210 degrés.
Cap fait : 195 ou 245 selon le bord.
Durée : 8 jours et 15h.
Force du vent : 3 le premier jour, 4 le deuxième, 5/6 tous les jours suivants.
Hauteur de la houle : 2 à 4 m selon les jours.
Période de la houle : 6 à 7 secondes - trop courte.
Voilure : Gv 2 ris + trinquette les 3 premiers jours, GV seule les jours suivants, tourmentin seul à l’arrivée.
Bateau croisés : 1.
Cachets anti-mal de mer avalés : Quasiment 2 tablettes.
Livres terminés : 2.
Litres d’eau consommés : 70.
Litres de gasoil consommés : 3.
Vomis : 1.
Calamar jetés sur le pont par les vagues : 4.
Oeufs explosé par terre : 1.
Omelette renversée par terre : 1/3.
Omelette renversée sur la tête de Margot qui nettoyait celle par terre : 1/3.
Nombre d’omelettes qui seront faites en nav’ à l’avenir : 0.
Cable de transmission pété :1.
Jurons lâchés quand le moteur a refusé de s’embrayer à l’arrivée : 347’239’487
Idée ingénieuse pour faire une réparation provisoire : 1.
Manoeuvre de mouillage réussie : 1.
Motivation pour faire l’Atlantique pendant cette traversée : 3/10
Motivation pour faire l’Atlantique à l’arrivée : 9/10

La moitié de l'age de mon bateau

25 ans, déjà! Dans les préparatifs de notre départ, Jérémy a eu le temps de m’emmener faire plein de trucs chouettes pour mon quart de siècle - et peut-être un peu aussi pour les 50 ans de Lilla, sortie du chantier Arlaplast de Luleå, seulement quelques degrés en dessous du cercle polaire arctique, en l’an de grâce 1968.
Le 30 au soir, on part tout guillerets dans un chouette petit resto de Santa Cruz ; on sait que le lendemain, outre mes 25 ans, marquera notre dernier jour à la Palma après plus d’un mois à trimer sur le bateau. Ce qu’on a oublié, en revanche, c’est qu’on est le vendredi de pâques et qu’on pourra assister à une procession de la semaine sainte. Et quelle procession! Au détour d’une rue, des torches, des chaines à des pieds nus, des tambours, mais surtout une tenue qui, pour ceux qui ont été influencés par la culture américaine comme c’est le cas pour nous, n’évoque pas vraiment la liesse et les célébrations : cagoule pointue rouge, toge blanche, petits trous pour les yeux, on pense Ku Klux Klan tout de suite. On les regarde passer, démarche lourde et chaloupée au son du tambour, et bien qu’on soit au courant de notre méprise, l’image reste inquiétante. Arrivés à notre terrasse, on les verra passer, adultes et enfants, cagoules rouges puis violettes puis noires puis vertes, et enfin blanches.
Nous ne croiserons pas de pénitents en cagoule pointues le lendemain, qui se déroulera plus calmement entre gateau glacé à la plage et randonnée sur les hauteurs de Santa Cruz.




 

lundi 26 mars 2018

La valse infinie des fenêtres météo

Un lundi après-midi, de retour de balade. On aurait du partit depuis maintenant presque 2 semaines. Seulement voilà, il y a tout d’abord eu ce problème d’étai abimé, qui nous a pas mal bloqués, et puis maintenant la compagnie à qui j’ai acheté la recharge de notre téléphone satellite qui a une semaine de retard sur l’activation. Et bien sûr, un coup de vent arrive jeudi, nous voici donc bloqués à la Palma pour un sacré morceau de temps.
Le premier réflexe, c’était de pester, contre l’idiot qu’on a payé rubis sur l’ongle à Saint-Cast et qui n’a pas su installer correctement l’enrouleur, contre cette compagnie de téléphone satellite qui a une conception bien à elle de « 24 à 48 heures de délai » et contre le hasard qui a décidé de nous envoyer des vents de force 7 pour bien nous rappeler que les alizés, techniquement, c’est encore plus au sud… mais à l’instant présent, je suis surtout satisfaite. Cette escale infinie à la Palma n’a pas uniquement servi à nous faire dépenser plein d’argent en marina et autres joyeusetés ; non, on a surtout enfin trouvé une organisation du bateau qui nous plait, un espace à habiter aussi bien au mouillage qu’en navigation. Ca parait tout bête et vraiment pas un exploit, mais ça nous a pris un sacré temps ; faire rentrer plusieurs centaines de kilos de nourritures et d’eau dans ce tout petit bateau en gardant 2 couchettes pour nous, la possibilité d’être à l’intérieur sans se cogner dans n’importe quoi, et garder un bateau équilibré, ça a été du tâtonnement. Sans compter que tout le temps qu’on a eu nous a permis plein de petites améliorations qui simplifient le quotidien ; des tiroirs compartimentés, une étagère à épices, une sangle pour cuisiner en mer, un lieu fixe pour la poubelle, des filets dans les placards pour ne pas se recevoir leur contenu sur les pieds quand ça roule et qu’on avait juste besoin d’un peu de sucre, un hamac à fruits, une housse pour l’annexe, des espèces de moumoutes dans les haubans pour éviter que les voiles ne frottent et s’abiment, des filets pour les filières pour limiter les chances de glisser par dessus-bord… Toutes ces petites choses qu’on se dit « il faut faire » et qu’on repousse sans cesse parce qu’il faut se dépêcher d’aller ici ou là, se dépêcher d’en profiter.
Cette escale qui s’éternise bien malgré nous empiète sur notre temps au Cap Vert, mais elle nous a permis de nous sentir plus prêts que jamais à faire l’Atlantique, et l’appréhension s’est transformée en enthousiasme ; pour la première fois je me suis entendue dire « J’ai hâte d’être au milieu de l’Atlantique » à la place de « J’ai hâte d’être arrivée ici ou là ». Alors, c’est vrai que c’est dommage d’être aux Canaries et de visiter principalement tous les recoins de son propre bateau qu’on aurait tout aussi bien pu admirer dans telle ou telle baie française - mais c’est comme ça. On est pas partis pour une aventure qu’il faut se presser d’accomplir pour revenir avec le maximum d’images dans la tête, on est partis pour un mode de vie qu’on (re)découvre à notre rythme.

mercredi 14 mars 2018

De vrais petits touristes

Une fois la tempête passée et l’étanchéité des hublots refaite (ainsi que beaucoup d’autres bricoles qui mériteraient leur propre article), on a décidé qu’il était grand temps de se permettre un petit plaisir et on a loué une voiture pour visiter un peu cette ile, qui, à ce qu’il paraît, serait la plus pentue du monde. 












Un bon matin, réveil à 6h30, bus pour l’aéroport, et on récupère une petite C1 blanche qui sera notre destrier pour ces aventures toutes terrestres. A nous les routes sinueuses - on prend directement celle qui mène au sommet de l’île. Ca tortille dans tous les sens, et après une demi-heure de route qui s’apparente de plus en plus à de la navigation avec houle traversante pour moi (comprendre : mal au coeur), on commence à se dire qu’on est un peu partis comme des gros touristes (qu’on est) et qu’on a pas pensé à vérifier l’état des routes sur Internet après cette grosse tempête qui a inévitablement provoqué pas mal de glissement de terrain. Mais on a de la chance (pour cette fois) et la voie est libre ; on aura moins de chance le lendemain et on devra faire demi-tour quand devant nous la route se transformera en une grosse pelleteuse rouge déblayant des gravats. Très vite on se retrouve à 2000 mètres d’altitude, et ce jour-là, la visibilité est incroyable, on voit les îles alentours : Tenerife, la Gomera et el Hierro… et même une autre ile plus loin! Sa position semble indiquer que ce soit Lanzarote mais cela semble dingue… elle est à  plus de 100 miles… Gran Canaria, quand à elle, devrait être cachée par Tenerife? Un mystère. 








 


Le sommet de l’île est un gigantesque observatoire astronomique, il y a des dômes de toutes les tailles un peu partout, et en ce qui concerne la randonnée, elle est offerte à tous grâce à un grand parking et à un chemin pavé qui mène au point culminant (ce qui ne manquera pas de faire râler les puristes … mais de donner le sourire aux gens en fauteuils). Plus un point de vue ou une ballade qu’une réelle randonnée, mais cela n’empêche pas de nombreux promeneurs de descendre de leur voiture de location munis de bottes d’alpinisme et de balises personnelles. Un défilé de matériel dernier cri, une vraie pub pour the North Face ; et Jérémy avec ses tongs fait gentiment sourire les passants.







En redescendant vers Tazacorte, on sort de la route principale et on découvre plein de jolis petits villages dans des vallées toutes vertes. Puis ce sera Tazacorte et son port beaucoup plus animé que celui où nous sommes, et puis la côte Sud et ses volcans dans la brume, et la côte Nord-Est avec ses bananeraies à perte de vue. On rentre à bon port exténués mais ravis.

Coup de vent sur la Palma

Le plan semblait parfait : on a quitté Lanzarote pour La Palma le lundi 19 février avec une fenêtre météo de 3 jours - juste assez de temps pour arriver à la Palma et se préparer à encaisser le premier coup de vent prévu pour le vendredi, annonciateur d’un gros système dépressionnaire qui allait nous passer sur la tête la semaine suivante.
Coup de vent d’Ouest, alors en toute logique on a choisi le port de Santa Cruz, sur la côte est. Tous les guides mentionnaient un certain ressac dans le port mais sa brochure récente, récupérée à Lanzarote, indiquait la présence d’une écluse censée casser la houle. C’est après quelques jours qu’on s’est rendus compte que certes, l’écluse était bien là, mais que la marina n’en avait pas encore le contrôle et que par conséquent elle était toujours fermée. Mais, à vrai dire, la houle n’a pas vraiment été le problème - du moins pas le problème principal. Bizarrement, et probablement à cause du relief de l’île, la marina se trouve dans un couloir de vent continu, et il y souffle toujours deux fois plus que sur le front de mer. Alors quand le vent s’est levé, accompagné d’une pluie drue et horizontale, le bateau s’est mis à se balancer dans tous les sens -  pour être exacte, il gîtait au ponton. En fait, je n’avais jamais senti autant de vent de toute ma vie. Et il était comme fou - un coup de l’ouest, un coup du sud, un coup du sud-ouest… Heureusement on a pensé à saucissonner nos voiles et à doubler nos amarres, et les seuls dommages causés au bateau ont été une amarre cassée et notre drapeau espagnol de courtoisie envolé dans les nues. Mais notre moral en a pris un coup - quelques heures après le début de la pluie, deux des hublots que nous avions réparé durant notre séjour au Guadiana se sont mis à fuir par la visserie. Un vrai goutte-à-goutte qui nous a obligé à installer des écuelles sur les banquettes pour tenter de limiter la catastrophe. 48 heures dans l’humidité et le plic-ploc incessant, avec le vent qui hurle et qui fait rentrer la pluie par les interstices de la descente, avec ces stupides coups de gîte au ponton qui finissent toujours par faire tomber quelque chose… On a eu des heures plus glorieuses. Cela dit, quel spectacle! Un peu plus ou un peu moins d’eau dans le bateau, quelle différence, alors on est sortis plusieurs fois observer la ville vide, ses commerces fermés, ses palmiers qui s’agitaient dans tous les sens, et puis, de loin, la houle qui s’écrasait sur la jetée. Heureux d’être au port quand la mer prend ces allures-là.



Les premières heures :



Deuxième jour, nettement moins rigolo : 

dimanche 18 février 2018

Lilla dans les îles

« Je vois l’ancre! Je vois l’ancre! » Il est 19h, le soleil s’est couché et, après 4 jours et demis de navigation, on vient de mouiller dans une petite baie près du port industriel, à l’entrée de la Marina d’Arrecife. Et en effet, avec ma lampe frontale, je vois l’ancre quelques 4 mètres plus bas. Premier émerveillement tout bête ;  nous voilà dans les îles! Ca y est!
On nous avait prévenu : les Canaries de l’Est, c’est très touristique, et puis la côte Sud des îles, quelle horreur! … Nous, on voit surtout qu’on peut se balader en t-shirt, que Jérémy a l’occasion de découvrir sa première île volcanique et qu’il ne manque pas de s’émerveiller devant l’omniprésence de ces pierres et gravillons noirs… et surtout que l’eau est enfin turquoise! Bon, ce n’est pas la Polynésie mais on a enfin l’impression d’avoir sauté à pieds joints au milieu de notre rêve, ce rêve partagé depuis ce soir d’automne, où, sur un quai de Fécamp, j’avais timidement dit à Jérémy : « Tu sais, je vais avoir besoin d’un équipier jusqu’aux Canaries… Ca te dirait? » ... Il avait dit oui sans savoir qu’il s’embarquait dans non pas six mois mais un an et demi de chantier, mais surtout sans savoir qu’il ne serait plus jamais question pour lui de débarquer, ce genre d’aventure étant souvent un guet-apens où l’on finit par tomber amoureux de sa capitaine.
En fait d’ambiance sans âme, on est accueillis au ponton de la marina d’Arrecife par un belge des plus jovial qui nous invitera le soir même à prendre l’apéro en compagnie de sa femme sur son bateau. Quel accueil! Quelle générosité! Le lendemain, on emprunte leurs vélos pour faire un très gros approvisionnement pré-Atlantique (livraison gratuite oblige) et pendant ce temps, elle nous aura préparé un bouteille de la même soupe qu’on avait gouté la veille à bord et dans laquelle Jérémy était tombé avec délectation… Miam! En fait d’une nuit au ponton, on entame ce soir notre 3ème. Mais demain, c’est sûr, on part! La météo est vraiment parfaite pour nous rendre à l’île de la Palma, où nous avons décidé de passer quelques semaines avant d’aller au Cap Vert.








Une vague de froid

Tout le monde ne parle que de ça. A la radio, dans la rue, attention ; la vague de froid est là! A 10 degrés le matin et 18 l'après-midi dans les rues de Mohammedia (beaucoup plus froid à l'intérieur) et tout le monde s'est réfugié derrière de l'anorak de compétition, sauf nous qui sommes trop heureux de ne plus avoir de la buée qui sort de nos bouches le matin dans notre bateau. Alors on se ballade autant que possible. La matin on fait des améliorations et l'après-midi on se perd dans les rues. Pour sortir et entrer dans le port industriel, dans lequel se trouve la marina, il faut montrer son passeport et un laisser-passer, et l'idée plait beaucoup à Jérémy. Tellement d'officialité. Dans les rues tout le monde est souriant, tout est joli ; je crois qu'on respire d'avoir enfin dépassé Gibraltar et que notre moral est au plus haut. On parle de nos projets l'un avec l'autre, on se ballade sur la plage, on va manger des tajines... L'Europe est derrière nous, et on s'en réjouit.





jeudi 8 février 2018

Le Maroc enfin!

On est au Maroc! Et pourtant, ce n'était pas gagné... On est partis lundi avec un vent parfait, et pourtant on a du partir plein Est (au lieu de plein Sud) dès le coucher du soleil pour éviter de très gros orages, à tel point qu'on s'est retrouvés devant la baie de Cadiz avant de pouvoir enfin partir vers le Sud. Le lendemain, la houle se renforçait et j'étais brièvement malade en passant Gibraltar, bientôt rejointe par Jérémy qui lui a passé le reste de la traversée à vomir. Impossible pour lui de faire quoi que ce soit sinon dormir. Il passait ses quarts allongés dans le cockpit à ne savoir que relever la tête pour vérifier l'horizon ou remplir le seau. Il m'a tout de même aidée à nettoyer notre pré-filtre à eau quand le moteur a refusé de refroidir, mais pour le reste, il a fallu que j'apprenne à me débrouiller toute seule pour la plupart des manoeuvres -et à vrai dire ce n'est pas plus mal, car ça ne s'est pas si mal passé et il était temps que j'ose faire des virements ou passer de voile à moteur toute seule, car ça fait quelques temps que lui le fait quand je dors trop profondément.
Voir Jérémy virer au jaunâtre de jour en jour était vraiment dur pour le moral (sans parler d'à quel point ça a du être dur pour lui - et il ne s'est pas plaint une fois!), d'autant plus que j'ai lu une fois Gibraltar passé que la marina où nous allions était passée à 50e la nuit et qu'elle avait subit de gros dommages lors d'une tempête et ne serait peut-être pas ré-ouverte. Il y a bien un mouillage devant la marina mais il est assez exposé... Si on ne pouvait pas trouver de place dans le port, il faudrait reprendre la mer pour 24h de plus, avec un Jérémy de plus en plus fatigué...
Et finalement, tout s'est absolument bien passé. On a attendu le petit matin au mouillage devant la marina et puis on a trouvé une place facile à prendre sur un ponton assez bancal. Les autorités sont parties avec Jérémy faire les papiers, se sont un petit peu moqué de lui quant à son statut de simple équipier sur le bateau (c'était pas son jour, décidément!) et se sont montrées très polies avec moi lors de l'inspection du bateau. Finalement, on paie 30e la nuit, ce qui est très cher mais on en avait besoin - et de toute facon je crois bien qu'une fenêtre vers les Canaries sera bientôt ouverte!

Photos à venir (mais pas de Jérémy malade, nan mais oh)